Le terme de casino sert aujourd’hui, à peu près partout, à dénommer un établissement public, légal et contrôlé qui fait commerce de jeux de hasard avec l’accord des pouvoirs publics et moyennant le versement d’une redevance ou de taxes et l’accomplissement de quelques obligations.
Cette convention s’inscrit le plus souvent dans le cadre d’une loi réprimant les jeux d’argent sous une forme ou sous une autre et n’autorisant leur pratique que dans les lieux désignés à cet effet. Le contrôle de la puissance publique s’exerce par l’intermédiaire d’une règlementation spéciale, en général assez stricte et précise, en forme de « cahier des charges ». La gestion peut être assurée directement par l’administration ou déléguée à une entreprise privée, sous le mode d’une ferme ou d’une concession.

Le terme « Casino »
Un casino désigne une réalité plus limitée qu’une « maison de jeux de hasard », laquelle peut être clandestine. Tripots, brelans et autres lieux non autorisés ne sont donc pas des casinos. Public et légal, le casino offre diverses prestations destinées à faciliter la pratique des jeux de hasard : local, instruments de jeu, services financiers, rafraîchissements, restauration, etc. Il est en outre le plus souvent astreint à des charges publiques d’ordre social ou culturel. Les jeux offerts, parfois délimités par la puissance publique, vont des jeux de dés (le craps, par exemple) aux jeux plus élaborés, comme le poker, en passant par l’inévitable roulette et ses succédanés. Le vieux trente-et-quarante, le blacjack et le baccara en ses diverses variantes assurent la présence des jeux de cartes. Ici et là, d’autres formules sont régulièrement essayées et entrent parfois dans le répertoire des jeux de casino. Tous sont joués autour de tables spéciales, avec un matériel contrôlé et fréquemment renouvelé, et avec l’assistance d’un personnel nombreux - croupiers, chefs de partie, surveillants, caissiers, etc. Les casinos garantissent la bonne tenue de leurs tables de jeu et la régularité des opérations. Les pouvoirs publics s’assurent, au prix de contrôles fréquents, que tous les instruments sont francs et loyaux. Fraudes et tricheries sont ainsi réduites au minimum.
Histoire du mot « casino »
Le mot « casino », d’origine italienne, signifie littéralement « petite maison ». Il désigne un lieu de détente, à l’écart du cœur actif de la ville. Le casino est destiné à la sociabilité, et tout notable (nobles, riches marchands, artistes en vue) en possède un. Rome, Venise, Florence en sont pourvues ainsi que d’autres villes, dès la Renaissance. Les voyageurs français et anglais des XVIIe et XVIIIe siècles en ont relevé la pratique. À Venise, le synonyme ridotto (« réduit ») est plutôt réservé au salon de jeux.
À travers l’Europe, les établissements de jeux étaient appelés « redoute » (corruption de ridotto) - ainsi à Vienne et à Spa -, « wauxhall » - le nom d’un célèbre jardin d’agréments, les Vauxhall Gardens de Londres, inspirant ceux du « Wauxhall » de Spa (1770) et du « Vaux-hall » de Bagnères (1785) - ou encore « banque » (de jeu, de bassette, de pharaon, de biribi), un terme que l’allemand a conservé qui nomme Spielbank ce que nous appelons casino.
Dès la fin du XVIIIe siècle et sous l’influence anglaise, le mot casino prend ici et là le sens de « club », surtout en Allemagne, mais aussi, par exemple, à Florence où se crée un Casino dei Nobili. Le Guide des étrangers, ou Itinéraires de la ville d’Aix-la-Chapelle de J.-B. de Bouge annonce en 1806 : « il vient de se former une nouvelle société privée à la Nouvelle Redoute, sous le nom de Cassino ». Une « Casino-Gesellschaft » existe dans plusieurs villes allemandes.
En France, le mot casino n’est lui-même véritablement adopté par la langue qu’au milieu du XIXe siècle, dans une acception un peu particulière colportée par les architectes que les écoles des Beaux-Arts envoient se former en Italie. Le casino est d’abord une salle des fêtes (sens aujourd’hui encore conservé) ou même une salle de spectacles tels ce casino Cadet (rue Cadet, à Paris) inauguré en 1859 ou, beaucoup plus célèbre mais aussi beaucoup plus tardif, le Casino de Paris, qui ne date que de 1890.
Le second Empire favorise le développement des « villes d’eaux » dont la vogue va croissant et, à l’image des stations thermales allemandes, celles-ci ont à cœur de faire bâtir des « maisons de réunion » offrant divers loisirs, héritières des maisons (ou salles) « d’assemblée » en honneur à Bath dès le début du XVIIIe siècle et imitées sur les bords du Rhin. Devenu ici « maison de conversation », là « maison de promenade » ou plus souvent « Kursaal » ou « Kurhaus » - sans doute pour ne pas trop avouer qu’il s’agit presque toujours d’un établissement voué au jeu -, ce type d’édifice ne gagne vraiment la France qu’à partir des années 1860, en dépit de quelques cas précurseurs.
Le jeu n’y est pas encore présent. L’émergence des « cercles » (clubs) à partir de 1850 permet à ces casinos d’abriter des salons de jeux virtuellement privés. Déjà en 1858, Léon Massenet de Marancour (La Rouge et la noire. Banques de jeux : Baden-Baden, Hombourg, Wiesbaden, Wilhelms-Baden, Neuheim, Ems, Paris, 1858) parle du casino de Wiesbaden pour ne pas répéter l’allemand Kursaal, mais Léon Rolland (Les Banques d’Allemagne, de Belgique, de Suisse et d’Italie, Paris, 1858) ignore le mot. Sur la côte normande, un « casino-salon » existe à Trouville depuis le début des années 1850 ; Dieppe inaugure un casino « grandiose » en 1857, Deauville ouvre le sien en 1864. À Aix-les-Bains, en 1863, on évoque le casino du Grand Cercle.
C’est l’ouverture du Casino de Monte-Carlo en 1864 qui va donner au mot sa pleine acception d’établissement de jeux. La notoriété de Monaco favorisa la diffusion du nouveau sens dans les autres langues, notamment en anglais et même en italien, où le mot prend un accent sur la dernière syllabe - casinò - pour le distinguer du sens traditionnel. À Vichy, le premier casino est conçu en 1864. Dès lors, les stations thermales les plus actives se dotent d’un casino, édifice dont la vogue s’épanouit avec la Belle Époque.
XVIIe siècle : le modèle vénitien
La naissance du casino moderne est traditionnellement située à Venise en 1638. Inquiète de voir sa jeunesse dorée s’adonner avec tant d’ardeur aux jeux de hasard en dépit des interdictions, la République imagina de ressusciter en quelque sorte le système de la baratteria : les jeux d’argent pourraient se tenir au grand jour dans un local réservé mais seulement pendant le Carnaval. Le patricien Marco Dandolo accepta cette charge et, moyennant le versement d’une redevance, ouvrit en son palais de San Moisè un Ridotto pubblico, littéralement « réduit public », pour y accueillir les joueurs. Les banquiers de jeu, en toge et perruque, ne pouvaient se recruter que dans la noblesse, les joueurs devaient porter un masque. Pendant longtemps, Venise fut presque le seul État européen à posséder une maison de jeux de hasard légale. Cette réputation sulfureuse finit par donner des remords au gouvernement de la République et, contre toute attente, le Grand Conseil prit le 27 novembre 1774 la décision de fermer à jamais le Ridotto pubblico.
Paradoxalement, cette fermeture intervenait au moment où les redoutes et autres banques de jeu légales commençaient à se multiplier en Europe. Au vrai, autour de 1700, Venise n’était plus si isolée : depuis le milieu du XVIIe siècle, Turin et Milan avaient discrètement ouvert des banques de bassette et de biribi pour financer les dépenses écrasantes de leurs théâtres lyriques. Après 1700, ce mouvement s’amplifie avec la vogue de l’opéra en Italie : Florence y vient en 1729, vite suivie par Modène. Puis ce modèle de « casino d’opéra » s’exporte vers les capitales contrôlées par les Habsbourg : Bruxelles régularise sa redoute en 1745, Vienne inaugure la sienne en 1759. Puis c’est le tour de Trieste et Fiume, enfin de Prague. La Saxe voisine imite l’exemple à Dresde. Mais la mort de l’empereur François Ier en 1765 met un terme à ces pratiques.
XVIIIe siècle : Jeux d’argent et thermalisme
Pendant ce temps-là, un autre modèle voyait le jour qui devait marquer durablement le monde des casinos : celui mis au point en Angleterre, au tout début du XVIIIe siècle, qui associe le jeu d’argent au thermalisme. Sans l’éclatante visite faite à Bath par la reine Anne en 1702, la cure thermale serait restée une épreuve mal-aimée. Les édiles de Bath eurent l’idée d’en faire un moment de plaisir. Ce fut l’œuvre de Richard Nash (1674-1761), dit « Beau » Nash, aventurier promu au rang de « maître de cérémonies ». C’est alors que l’on construisit, en 1708 et 1728, les Assembly Rooms, sorte de salles des fêtes vouées au bal et au jeu. Mais les jeux d’argent restaient en principe interdits en vertu des vieux règlements royaux. Le roi George II se chargea en 1739 de le rappeler en bannissant une série de jeux de hasard parmi lesquels ceux qui faisaient la réputation de Bath. En 1745, le Parlement prohiba la roulette et les jeux similaires, ruinant l’activité de Nash qui ne s’en remit pas.
Chassés d’Angleterre, les habitués de Bath et de Tunbridge Wells trouvèrent sur le continent d’agréables stations thermales où ils introduisirent leur goût du jeu d’autant plus facilement que celui-ci y était déjà cultivé. Ainsi, la petite ville de Langenschwalbach (aujourd’hui Bad Schwalbach), qui dépendait de la Hesse-Cassel, abritait-elle déjà, aux dires d’un témoignage de 1738, une « Salle d’Assemblée où l’on jouë ». Mais c’est Spa, alors la plus célèbre des villes d’eaux d’Europe, dans la principauté-évêché de Liège, qui semble avoir donné le vrai signal de départ. Le 1er octobre 1762, un « privilège exclusif de tenir toutes les assemblées publiques de bals et de jeux » fut accordé à la ville de Spa par le prince-évêque. C’est ainsi que naquit le premier casino moderne après Venise.
L’exemple de Spa fut rapidement suivi à Aix-la-Chapelle, distante d’à peine 50 km, où le conseil de la ville libre impériale accorda en juin 1764 à un cafetier le privilège d’une « banque de pharaon ». Comme à Spa, les établissements se multiplient dans les années 1770 et 1780. L’exemple des deux stations fit des émules dans les innombrables principautés allemandes. Pyrmont, qui appartenait aux princes de Waldeck, concède un bail des jeux dès 1768. À Wiesbaden, le prince Karl de Nassau-Usingen accorde en 1771 à un banquier le privilège exclusif des jeux de hasard. À Ems, où la souveraineté est partagée entre les Nassau-Diez et les Hesse-Darmstadt, un fermier des jeux est recruté en 1786.
XIXe siècle : Raisons d’État
Si la France, fidèle à ses habitudes répressives, restait à l’écart, elle n’en eut pas moins à affronter cette réalité quand plusieurs villes d’eaux allemandes tombèrent dans l’escarcelle des conquêtes révolutionnaires. Pendant ce temps-là, le Palais-Royal, laissé à lui-même, s’était peuplé de tripots à la faveur des événements parisiens. Plutôt que d’interdire, le Directoire choisit de réglementer, appâté par les ressources fiscales que cela laissait espérer. En l’an VII (1799), il y avait à Paris neuf maisons placées « sous l’autorisation de la régie des jeux ». À Spa et à Aix-la-Chapelle, devenues françaises, les anciens propriétaires des maisons de jeux obtiennent des autorités le droit de reprendre leurs activités.
Il fallut le décret de Napoléon du 24 juin 1806 pour mettre un peu d’ordre dans ces pratiques. Si l’article 1er rappelait : « Les maisons de jeux de hasard sont prohibées dans toute l’étendue de notre empire », l’article 4 créait les conditions d’une dérogation : « Notre ministre de la Police fera, pour les lieux où il existe des eaux minérales, pendant la saison des eaux seulement, et pour la ville de Paris, des règlements particuliers sur cette partie. »
Les fiançailles du jeu et du thermalisme, amorcées au siècle précédent à Bath, prenaient force de loi. Plusieurs législations européennes en resteront marquées à jamais. Mais le cas de Paris, aujourd’hui perdu de vue, n’en était pas moins exemplaire : la capitale française voyait légaliser l’industrie du jeu qui tournait à plein dans ses murs. Pour elle, pas de saison, pas de cure thermale obligatoire. Une dizaine de maisons de jeux légales fonctionnaient à Paris, principalement au Palais-Royal et à proximité. Mais en 1836, une loi de finances abolit la ferme des jeux, qui fut, jusqu’au 31 décembre 1837, une des plus grosses sources de revenus du fisc.
Cette prohibition fit le bonheur des stations étrangères - Spa, que la jeune monarchie belge avait laissé en activité, Aix-la-Chapelle et les villes d’eaux rhénanes auxquelles était venue s’ajouter Baden-Baden. Les professionnels français - croupiers, caissiers, directeurs de salle, banquiers de jeu - déjà très introduits outre-Rhin, affluèrent. Pendant que Chabert s’installait dans le duché de Nassau, Bénazet, dernier fermier des jeux de Paris, prenait pied à Baden-Baden et les frères Blanc se lançaient à Bad-Hombourg en 1841, après avoir convaincu le landgrave de Hesse-Hombourg de légaliser les jeux de hasard. Ce fut pour eux le début d’une ascension prodigieuse que François Blanc poursuivit à Monaco.
L’exemple allemand avait encouragé le prince de Monaco Florestan Ier (règne 1841-1856) à tenter lui aussi la fortune. Les premiers essais ne furent pas couronnés de succès : un établissement de bains avec salle de jeux, confié à deux journalistes parisiens et ouvert en 1856, n’attira guère les foules. Monaco était loin de tout, mal desservi, et la Côte d’Azur n’était pas encore à la mode. La Société des bains de mer, créée pour l’occasion, était au bord du gouffre. Tout cela n’avait pas dissuadé le prince Charles III, qui règne à partir de 1856. Il trouva en François Blanc, l’homme de Bad-Hombourg, l’organisateur inspiré qu’il lui fallait. Le contrat fut conclu en 1863 : Blanc rachetait les parts de ses prédécesseurs et prenait en mains la Société des bains de mer. Entre-temps, Nice avait été rattachée à la France et le chemin de fer reliait enfin Monaco où le casino fut ouvert en 1864. En 1866, sur suggestion de Blanc, Charles III donna au plateau des Spélugues le nom plus exotique de Monte-Carlo. La roulette avait suivi (avec un zéro de moins depuis 1864). En 1872, l’architecte Dutrou agrandit le premier casino ; puis, en 1878, Charles Garnier restaure et remanie complètement le bâtiment en lui adjoignant une salle d’opéra.
Les jeux publics en échec
Au même moment, l’Allemagne naissante mettait un terme à son tour aux Kursaal et autres « maisons de conversation ». Déjà, depuis quelques années, un fort courant antijeu s’était fait jour. En 1849, l’éphémère Diète de Francfort vota, sans suite véritable, la fin des salles de jeux. Ce coup de semonce ne fut pas oublié. La Prusse s’empressa de bannir quelques établissements trop voyants : Schwalbach et Schlangenbad, deux casinos déclinants, sont fermés en 1845, Aix-la-Chapelle abandonne sa Redoute en 1854. Une loi, votée en 1868 par le gouvernement prussien, décide la fin des jeux. Wiesbaden, Ems et Bad-Hombourg, qui avaient obtenu un répit jusque-là, doivent fermer leurs portes le 31 décembre 1872. L’unité allemande étendit la mesure au nouveau Reich : ce fut la fin de Baden-Baden, Nauheim et des autres.
À ce moment-là, il ne reste plus en Europe que Spa et Monte-Carlo, ainsi que le petit casino de Saxon, dans le Valais suisse, fermé en 1877. C’était compter sans l’irrésistible montée des jeux en France que l’essor du thermalisme et la découverte des bains de mer sous le second Empire avaient entraînée. Les Français se livrent alors aux joies des « cercles », organisés sur le modèle des clubs anglais. Ceux-ci accueillent volontiers les jeux d’argent et c’est en leur sein que se développe un nouveau jeu de cartes, le baccara. Les cercles avaient besoin d’un local, il fut facile d’en trouver dans les casinos qui se multipliaient dans les villes d’eaux.
L’effondrement du régime impérial et les troubles qui suivirent furent l’occasion pour les villes d’eaux emmenées par Aix-les-Bains, devenue française depuis peu, et Vichy d’organiser en 1871-1872 une campagne de presse en vue de la légalisation des jeux. Rien n’y fit, le gouvernement républicain restait sourd aux meilleurs arguments - exemple des stations allemandes, prospérité indiscutable, rentrées fiscales alléchantes, etc. L’arrivée d’un nouveau jeu de hasard, les petits chevaux, mis au point dès 1868 par un mécanicien de Trouville, au public plus populaire, vint balayer les dernières résistances. Débordée, l’administration préféra réglementer et ce, en dépit de quelques contradictions avec la loi. S’appuyant sur le décret de 1806, le ministère de l’Intérieur se croyait autorisé à laisser faire les casinos dans les villes d’eaux. En 1902, un arrêt du Conseil d’État vint sèchement rappeler au gouvernement que le Code pénal, promulgué en 1810, et la loi de 1836 interdisaient la tenue de maisons de jeux de hasard. Il n’était plus possible de faire machine arrière : le Parlement, saisi, vota la loi de 1907, première grande loi-cadre régissant les casinos dans un pays important.
XXe siècle : L’irrésistible ascension des casinos
Les énormes déficits occasionnés par la Première Guerre mondiale et amplifiés par la crise économique forcèrent nombre d’États d’Europe et d’ailleurs à assouplir leurs législations. En Italie, quatre casinos sont ouverts entre 1927 et 1936 ; l’Allemagne rétablit discrètement les jeux en 1933 et Baden-Baden rouvre ses portes ; l’Autriche inaugure ses premiers casinos en 1934. Signe des temps, aux États-Unis, le Nevada légalise ses tripots en 1931 et, à Macao, l’autorité portugaise décide pour la première fois d’accorder la concession des jeux sur la base d’une convention en bonne et due forme. En France, le gouvernement autorise enfin la roulette en 1933.
Après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement s’amplifie. Longtemps rétif aux maisons de jeux, sévèrement réprimées en 1844, le Royaume-Uni vote en 1960 une loi ultra-libérale - qu’il fallut corriger de ses excès en 1968. La dynamique européenne fait sauter les derniers verrous : la légalisation des casinos est acquise aux Pays-Bas en 1975, en Espagne en 1977, au Danemark en 1979. En 1976, un nouvel État américain, le New Jersey, aux portes de New York, en approuve le principe : désormais, Atlantic City rivalisera avec Las Vegas. Les réserves indiennes s’y mettent à leur tour. Depuis lors, l’expansion des casinos, qu’accompagne celle des loteries d’État, semble n’avoir plus de limite. Hormis les États musulmans, où le respect du Coran proscrit les jeux d’argent, il n’est plus guère de pays qui n’ait une industrie du jeu florissante, que l’introduction plus récente des machines à sous a indiscutablement renforcée.
Les casinos entraînent-ils la ruine des joueurs et, donnant l’illusion de l’argent facile, détournent-ils les populations de l’effort et du travail ? Favorisent-ils les comportements asociaux (fraudes, jeu pathologique, etc.) ? Les adversaires des maisons de jeux sont aujourd’hui bien isolés et leurs critiques semblent en porte-à-faux. Les casinotiers font valoir que les jeux publics légaux et fiscalisés sont un moyen indolore de lever de l’argent au profit de la collectivité et qu’interdire ou réprimer les jeux d’argent et les priver d’une exploitation légale conduisent immanquablement à la prolifération des jeux clandestins. Refuser toute légalité aux jeux d’argent, c’est en confier par défaut la gestion et les profits au crime organisé. L’arsenal règlementaire mis en place dans les pays qui ont la plus grande expérience des jeux publics permet de satisfaire les joueurs sans brimer pour autant les exploitants. Enfin, l’ensemble des activités légales s’occupant de jeux d’argent constitue désormais un puissant secteur économique (« l’industrie du jeu »), source de profits - dont une part importante est reversée à la collectivité - et d’emplois nombreux.
Pour autant, l’expansion des jeux d’argent n’est peut-être pas indéfinie. Même si leur présence semble inévitable dans nos sociétés - et ce depuis longtemps -, celle-ci est inégalement répartie selon les cultures et selon les époques. L’histoire depuis deux cents ans montre bien qu’en Europe la tolérance aux jeux d’argent est passée par des phases libérales suivies de phases répressives.
XXIe siècle : L’heure des casinos en ligne ?
Probablement la grande tendance du milieu, les jeux de casino en ligne ont battu des records de chiffre d’affaires en quelques années. Néanmois, fin 2006, les Etats-Unis les ont interdit sur leur territoire, stoppant net la progression de cette industrie, alors qu’au contraire l’Europe commence à libéraliser ce secteur et à obliger différents états, dont la France, à autoriser cette industrie sur leur territoire. Affaire à suivre...
